vendredi, 09 mai 2008

La résistible ascension d’Hassan Nasrallah

Prenez un individu, bon orateur, mégalomane, fanatique, et surtout sans états d’âme.

Dotez-le d’armes sophistiquées, d’une rhétorique à toute épreuve et d’une foi inébranlable. Offrez-lui un appui logistique solide et vous obtiendrez… le prochain dirigeant du Liban.

Ce qui est fascinant (je devrais dire fascisant) dans « la résistible ascension d’Hassan Nasrallah », c’est la faiblesse de l’État en regard.

Pourtant, les coups de boutoir portés contre le 14 mars sont nombreux :

  • pression politique (déclenchement d’une guerre en 2006 sans en référer au gouvernement, sortie du gouvernement fin 2006, impossibilité de nommer un président succédant à Émile Lahoud)
  • pression dans la rue : climat d’assassinats permanents dont ceux de Pierre Gemayel (dirigeant des phalanges), de François El-Hadj (général), de Samir Kassir (journaliste)…sans qu’on sache avec certitude à qui les imputer. Investissement (de gré ou de forces) de certains quartiers (Koreitem) ou de certains territoires (nord du Litani)

L’action de ce preneur d’otages (au propre comme au figuré) consiste aujourd’hui à neutraliser l’État, à le réduire à la passivité, à conduire l’État à porter des coups toujours trop faibles, toujours trop tard afin de pousser son avantage.

Le limogeage du responsable de la sécurité de l’aéroport international, soupçonné d’accointances avec le Hezb et la tentative du gouvernement de s’approprier le réseau de télécommunication privé du Hezb, ont été interprétés par ce dernier comme une déclaration de guerre.

Les liens avec Damas s’étant un peu rafraichis depuis la disparition d’Imad Mughniyeh, le Hezb s’est replié pour ses opérations d’approvisionnement sur l’aéroport de Beyrouth. Doutons qu’Hassan Nasrallah consente de sitôt à lâcher pareille infrastructure. Toujours soucieux de faciliter les choses, le Hezb a menacé de mort tout militaire qui aurait à charge la sécurité de l’aéroport…

A défaut de l’apprécier, concédons tout de même qu’Hassan Nasrallah est un excellent stratège.